Monsieur le Président de la République !

Monsieur le Président de la République
Palais de l’Elysée
55, rue du faubourg Saint-Honoré
75008 Paris

Le 31 août 2011

Monsieur le Président de la République,

C’est en tant que survivante d’un pédophile que je me permets de vous écrire. Ma démarche n’est pas aisée et pourtant tout me pousse à vous faire part de mon témoignage, du parcours du combattant, de tout faire pour que mon agresseur, mon bourreau, soit jugé, reconnu coupable et mis en prison afin qu’il paye sa dette.

Pendant plus de 10 ans, je n’ai pas lâché et je n’abandonnerai pas.

Comment est-ce possible qu’un criminel soit en liberté ? Comment dormir la nuit quand un pervers peut recommencer en toute impunité sur d’autres enfants quand je sais toutes les conséquences et souffrances que cela engendre dans une vie, dans une famille ?

Les séquelles, je dois vivre avec chaque jour et jusqu’à ma mort. Pas mon bourreau.

Il est déjà difficile de supporter 10 ans de procédure. Il est insupportable et inacceptable que les criminels, comme mon bourreau, soient libres, acquittés.

Monsieur le Président, je vous invite à tout faire pour qu’en France les victimes de pédophiles soient traitées correctement par tous les corps de métier que nous rencontrons au cours de notre vie.

Monsieur le Président, je mérite, nous méritons, que notre honneur et notre dignité soient respectés.

Voici une liste non exhaustive de quelques-uns qui ne savent pas, ne font pas leur devoir de citoyen, ou ne remplissent pas leurs devoirs d’adultes et de professionnels quand ils se trouvent face à une victime de pédophile :

médecin, psychiatre, infirmière, infirmière de lycée, assistante sociale, une députée, professeur, proviseur de lycée, avocat, juge d’instruction, gendarmerie, enquêteur de proximité, Président de la Cour d’Appel.

Ce sont, entre autres, ceux-là qui ont mis des obstacles au lieu de faire la lumière sur la vérité afin que Justice soit rendue. Et cela pour une raison simple : ils n’ont pas reçu de formation spécifique. D’autres n’ont pas de moralité ou sont dépourvus d’éthique ou du sens de la solidarité, mais c’est un autre problème.

Monsieur le Président, le Tribunal de Grande Instance de Pontoise, après avoir condamné mon agresseur et violeur à 8 ans de prison ferme, m’a redonné mon Honneur et ma Dignité le 16 octobre 2009.

Monsieur le Président, le Tribunal de Grande Instance de Nanterre, après avoir acquitté mon agresseur et violeur, m’a repris mon Honneur et ma Dignité (pour ne pas dire foulé au pied) le 28 janvier 2011.

Monsieur le Président, mon bourreau a fait 7 mois de prison puis a été en liberté conditionnelle sur l’application du droit au sens strict : il avait fait appel, avait un domicile, s’était toujours présenté aux convocations. 7 mois au lieu de 8 ans !

Je ne vous demande pas de changer quoique ce soit au verdict, évidement, mais de tout mettre en œuvre – comme je l’ai fait en remplissant mon devoir – avec les différents ministères, pour que les moyens soient donnés afin que les professionnels de la Justice puissent faire leur travail jusqu’au bout.

Il est impossible de parler de l’avenir d’un pays, de parler de paix, si le mot Justice ne prend pas tout son sens.

Ne pas agir, ne pas prendre soin des enfants de notre pays, cela coûte cher, à tout le monde.

Monsieur le Président, veuillez agréer mes salutations respectueuses. Je reste à votre disposition si votre cabinet ou l’un de vos ministères souhaite de plus amples informations.

Xxxxx,

Survivante


Réponse du cabinet du Président de la République

Lettre reçue le 09/09/2011
Le Chef de Cabinet du Président de la République
Paris, le 07/09/2011

Chère Madame,

Le Président de la République a bien reçu votre courrier et m’a confié le soin de vous répondre.

Soyez assurée qu’il a été pris connaissance avec une particulière attention de votre témoignage et des réflexions dont vous avez souhaité lui faire part.

Conscient des souffrances que vous avez endurées, au regard des faits que vous relatez, Monsieur Nicolas SARKOZY, qui comprend votre désarroi et vos sentiments, vous exprime tout son soutien et sa vive sympathie.

Je dois toutefois vous indiquer que le Chef de l’État ne peut, sans porter atteinte au principe de l’indépendance de l’autorité judiciaire dont il est le garant, émettre une appréciation sur les décisions rendues par des juridictions souveraines ou en modifier la portée.

Profondément attaché au respect et à la reconnaissance des droits des victimes, le Président de la République a entendu en faire l’un des axes majeurs de son action dans le domaine de la sécurité et de la justice.

Croyez bien que le Chef de l’État demeure très vigilant quant à la mise en oeuvre des réformes qu’il a engagées, pour une justice au service de la sécurité de nos concitoyens.

Je n’ai pas manqué de signaler votre correspondance au Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Libertés.

Je vous prie d’agréer, Chère Madame, l’expression de mes hommages.

Guillaume LAMBERT

Paris le 29 septembre 2011

Cabinet du Garde des Sceaux, ministre de la justice et des libertés

Le Chef de Cabinet

Madame,

Les services de la présidence de la République ont transmis à Monsieur Michel Mercier, garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés, votre courrier qui fait part de votre incompréhension quant à la libération conditionnelle de l’auteur, responsable des faits de pédophilie dont vous auriez été victime. A ce titre, vous déplorez que les auteurs de tels faits ne fassent pas la totalité de la peine à laquelle ils ont été condamné et précisez avoir, depuis lors, de lourdes séquelles physiques et morales.

Monsieur le Ministre a pris connaissance avec attention de votre correspondance. Il comprend votre inquiétude et mesure le traumatisme que vous avez subi. Il veillera à ce que votre commentaire vienne enrichir les travaux menés à la chancellerie sur ce thème.

Toutefois, il m’a chargé de vous faire connaître qu’en raison du principe constitutionnel de l’indépendance de l’autorité judiciaire, il n’appartient pas au garde des sceaux d’intervenir dans une procédure en cours ou déjà jugée, ni de formuler des appréciations sur les décisions de justice, ou de remettre en cause ce qui a été jugé.

Soucieux de l’aide et du soutien qui peuvent vous être apportés, je vous précise que vous avez la possibilité de contacter l’une des associations appartenant au réseau de l’institut national d’aide aux victimes et de médiation (INAVEM) la mieux à même de vous accompagner, donc ci-joint les coordonnées. Vous y trouverez une aide personnalisée qui facilitera l’accomplissement d’un certain nombre de démarches.

Je vous prie de croire, Madame, à l’assurance de ma considération distinguée.

Pierre Simon

Contact :

Nom : SAJIR – service d’aide aux victimes

adresse : rue Pasteur Vallery-Radot 94011 Créteil

Tel : 0800171805 ou 0149811839

email : sajir@wanadoo.fr

horaires d’ouverture : de 9h-12h à 13h-17h

url : http://perso.wanadoo.fr/sajir

Accès handicapé : non

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