Parler oui mais dans le vide ?

English: Part of the vault of the cloister, in...

English: Part of the vault of the cloister, inside the « Lycée Henri IV », Paris, France Français : Une partie de la voûte du cloître dans le Lycée Henri IV à Paris, France (Photo credit: Wikipedia)

La toute première personne qui aurait pu m’aider et faire en sorte que l’enfant que j’étais à 11 ans puisse être protégée, c’était ma grand-mère. Avant que le monstre commence ses saloperies sur moi, j’avais, sur un ton moqueur d’enfant, dit à ma grand-mère, qu’il me montrait une encyclopédie illustrée sur la sexualité. C’était un des signes avant que « ça commence ». Ma grand-mère n’a rien fait, rien dit. A personne. Ma grand-mère est décédée plusieurs années avant le procès. Ma tante a pu relater des paroles de ma grand-mère aux procès.

La prof de Latin et de Français de 4e et 3e avait remarqué que quelque chose n’allait pas puisque mes résultats avaient sérieusement chuté en 3e. Elle me donnait des cours de rattrapage de Latin. Elle avait cherché à savoir les raisons de mes difficultés en me posant des questions, elle avait aussi convoqué mes parents pour essayer de savoir. Cela n’avait rien donné. Je ne pouvais pas parler et mes parents n’avaient pas de réponse à lui apporter non plus. Elle n’a pas été entendue pendant l’instruction.

Lorsque mon bourreau a changé de région et que je suis revenue de ma fugue à 15 ans, je n’avais plus de contact ni physique ni oral avec lui. J’avais commencé à me confier à ma meilleure copine de 3ème redoublée mais à demi-mot, c’est en seconde que j’en ai parlé un peu plus ouvertement à ma meilleure amie du lycée. Avec le recule, je me dis que normalement, l’une et l’autre auraient pu se rendre compte de l’anormalité d’avoir eu au collège une « relation » avec un homme beaucoup plus âgé (c’est beaucoup plus tard que j’ai compris qu’il ne s’agissait pas de relation mais d’un crime). Elles auraient pu en parler à un adulte, comme l’infirmière du lycée par exemple. Mais non, silence… Ma copine F. de 3e a refusé de se déplacer pour témoigner lors du procès mais elle avait été entendue pendant l’instruction. Ma copine A.L. de seconde, lorsque je l’ai appelée après plusieurs années sans nouvelle de l’une ni de l’autre, elle m’a envoyée « sur les roses » en refusant tout témoignage. Pour elle c’était plus important de m’en vouloir parce qu’on s’était perdue de vue plutôt que d’essayer de condamner un pédophile et de faire en sorte qu’il ne recommence pas…

En 1ère, j’aimais bien la prof d’anglais Mme M. A cette époque j’écrivais un journal intime. Elle m’inspirait confiance et j’avais eu envie de lui faire lire une partie de mon journal. Après avoir lu, elle m’a dit qu’elle avait compris ce que j’avais vécu, qu’elle ne pouvait pas le garder pour elle et qu’elle en avait parlé au proviseur. J’ai été convoquée par celui-ci dans son bureau. J.T. (c’est comme cela que nous l’appelions entre nous) m’avait dit pendant cet entretien qu’il était désolé mais qu’on ne pouvait rien faire, mais par contre lorsque je rencontrerai une petite fille qui vivra la même chose, je pourrai lui venir en aide (!!!). Pas de suite donnée, pas de signalement, encore le silence… Le proviseur du Lycée de Sarcelles avait-il peur du scandale ? J.T. a refusé de témoigner. Par contre Mme M. a témoigné au deux procès.

J’ai compris un peu plus tard que toute l’équipe pédagogique devait être au courant puisque le prof de compta m’a fait comprendre qu’il était au courant un jour où il essayait de me faire la morale pour que je me remette au travail. En 1ère, j’avais laissé mes études partir à la dérive, je m’absentais souvent des cours, j’allais aux contrôles juste pour faire acte de présence et je donnais une feuille vide la plupart du temps au bout de quelques minutes pour sortir dans la cour ou aller voir l’infirmière.

L’infirmière D. était aussi au courant mais ne m’a jamais parlé ni incitée à lui parler sur ce que mon bourreau m’avait fait. Où est passé mon dossier médical ? Je n’ai jamais pu le récupérer afin de voir si quelque chose y était mentionné.

Ma gynécologue avait détecté quelque chose après un examen lorsque j’étais mineure. Elle aurait dû elle aussi agir auprès des autorités. Elle n’a rien fait. Je n’ai jamais pu récupérer mon dossier médical une fois adulte pour constituer les éléments de preuves pour le procès…

Mon médecin de famille a refusé de témoigner.

En 1ère je voyais un psy à Paris. J’étais encore mineure. Pas de signalement de fait. Mais il a témoigné par écrit, a été auditionné et a témoigné aux deux procès.

Ceremonial sword of french Commissaire de Poli...

Ceremonial sword of french Commissaire de Police (Superintendent).- Detail- (Photo credit: Wikipedia)

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s