Entre le verdict du 1er procès et la Cour d’Appel (procès numéro 2)

  • PROCÈS NUMÉRO UN :

Aux 5 questions qui ont été posées aux jurés : ils ont répondu oui (coupable).
L’avocat Général avait requis 10 à 12 ans de prison.
Les jurés ont décidé : 8 ans de prison ferme.

Donc enfin, la justice a reconnu que mon agresseur est coupable et que j’ai été victime.
Mon agresseur est en PRISON !!!

Maintenant il faut attendre 10 jours pour savoir s’il fait appel ou non…

J’ai encore du mal à réaliser complètement. Je me dis que les choses rentrent enfin dans l’ordre avec cette reconnaissance que j’ai bien été victime de viols de ce sale type.
Je ne suis pas euphorique non plus, mais plus légère oui.

Le lendemain du verdict, je me suis réveillée à 9h et je me suis dit : je me réveille je suis chez moi, mon agresseur lui s’est réveillé en prison. Et je me suis rendormie jusque 13h30.

Français : Intérieur de la prison de la Santé,...

Français : Intérieur de la prison de la Santé, Paris. (Photo credit: Wikipedia)

  • Mon agresseur menotté et accompagné des policiers, est passé à côté de moi pour sortir et être mis dans le boxe des accusés de l’autre côté. Il m’a dit : « j’ai rien fait, je ne t’ai rien fait ! ». Il voulait avoir le dernier mot… En niant encore. Ou peut-être voulait-il dire que pour lui utiliser une gamine mineure comme objet sexuel, c’est rien, ce n’est pas grave…

Il est tellement frappé du cerveau qu’il est capable de faire appel.

J’habite trop loin et j’ai pas du tout envie de retourner au tribunal pour demander si mon agresseur fait appel. Mon avocat m’a dit qu’il s’en chargera et qu’on devait se revoir de toute façon.
Et s’il fait appel, il faut environ 1 an pour une nouvelle audience, donc il reste en prison pendant ce temps déjà.

Avec tout ce qui a été dit, et entendu au procès, mon bourreau n’a pas vraiment intérêt à faire appel…
Je trouve ça quand même dingue qu’il soit à ce point dans le déni, dans le mensonge, même arrogant avec la Présidente de la Cour d’Assises au procès… et que son ex femme et son ex compagne aient témoigné en sa faveur, soit venues avec lui et pour le défendre, alors qu’elles ont dit elles-mêmes qu’il est violent, dangereux…
L’ex femme a dit : « je suis vivante et j’ai craint pour ma vie et ma santé psychologique. Quand j’ai divorcé, je lui ai laissé mes 6 enfants car sinon il était foutu » (car dépressif et suicidaire…).
L’ex compagne n’avait pas très envie de parler de ses hospitalisations pour coups et blessures à cause de lui. On a appris qu’il lui avait fracturé le coccis, puis une autre fois le sacrum, et qu’il l’avait jetée dans l’escalier… mais elle précisé que c’était un homme gentil, un bon père de famille, qu’il aimait les enfants, qu’il avait jamais eu un geste déplacé avec elle.
La Présidente lui a répondu : « mais comme vous avez vécu ensemble, il a bien fallu à un moment donné qu’il vous drague ! »

  • 10 jours d’attente interminables ont passé : IL FAIT APPEL !!!!

Je suis dégoûtée et s’il ne se désiste pas de sa décision, j’en ai encore pour 8 à 12 mois [en fait ça sera 15 mois d’attente] environ d’ici l’audience. Et il peut demander une remise en liberté provisoire… mais pas sûre qu’elle soit acceptée non plus.

J’en ai tellement marre. Je perds mes forces, avec l’impression d’avoir reçu un électrochoc, un étau sur la tête…

  • Depuis le procès d’octobre, mon agresseur est sorti de prison après 6 mois, un juge a décidé d’appliquer la loi au sens stricte : il a une adresse, il s’est toujours présenté aux convocations et il fait appel. Point. Alors qu’il a été condamné à 8 ans.

Maintenant arrive le procès en appel en novembre et mon corps commence à réagir.

Finalement c’est la cour d’appel de nanterre qui a été désignée.

Pour moi, je n’ai pas le choix, soit je vais jusqu’au bout soit je meurs.

English: Concertina razor wire at a prison

English: Concertina razor wire at a prison (Photo credit: Wikipedia)

  • L’attente avant le procès est pénible, la préparation psychologique pas facile, je sais que comme l’année précédente ça va être très dur, mais je sais que je serai prête au « combat » le jour J.

En fait je me rends compte que j’ai besoin d’aide… mon corps dit non. En même temps je veux que justice soit faite et de façon juste, il le faut pour ma reconstruction, et en même temps mon corps me donne des signes pour dire « je ne veux pas revivre un procès, je ne veux pas revoir le salaud qui m’a flinguée ». Donc cela crée un conflit intérieur…

  • Le calvaire continue…

J’ai appris que la date de l’appel est reporté. Un problème technique. Il n’y a que 2 personnes pour la Cour d’Appel, dont la Présidente de la Cour d’Assises qui présidait le 1er procès. Il n’est pas possible que ce soit la même personne pour les 2 procès. Il va falloir  « Juste » de l’attente supplémentaire de plusieurs mois.
Et là le marasme revient, j’ai beaucoup moins de force, j’ai envie de rien faire, je lutte quand même, je suis fatiguée, j’en ai marre, c’est long, tellement long, sentiment que j’y arriverai jamais et il y a des fois où je préfèrerais être morte. Comment c’est possible de devoir vivre encore toute cette attente avant que ce soit fini, avec toutes les conséquences que je dois supporter chaque jour. Les symptômes reviennent.
Non seulement je ne peux pas oublier, je dois pour continuer de vivre « vivre avec » parce qu’il n’y a pas d’autre solution.
Mais là j’en ai marre ! Tellement marre…

  • Le plongeon : Je vois des thérapeutes depuis 18 ans. Certains étaient nuls, d’autres très bien. J’ai fait des rechutes.

Mais là 10 ans j’en peux plus et franchement j’ai envie de crever. Je me demande à quoi ça sert tout ça, parce que de toute façon ça partira jamais. J’en peux plus. ça me tue, à petit feu, j’ai pas le droit de vivre en paix, j’ai pas le droit d’être accompagnée, j’ai pas le droit d’être vraiment comprise sauf par ceux qui ont vécu la même chose que moi, j’ai pas le droit d’être libre, j’ai pas le droit d’être heureuse parce que les marques invisibles seront toujours là.
Franchement ça sert à quoi de vivre avec un piquet dans le coeur et le bordel dans ma tête et mon corps ?
La justice est indispensable, les luttes aussi, mais là 10 ans de procédure depuis 2000, les faits remontent à 23 ans. Et j’ai envie de me foutre en l’air… Ras le bol de ces conneries.

  • Chacun à son rythme. La thérapie et s’accrocher à des projets cela permet de tenir debout.

Hier soir avant de m’endormir, je me suis dit que je suis entourée, il y a des gens qui m’aiment et qui me soutiennent. Le fait de me rappeler que je ne suis pas seule, je me suis endormie avec en pensée ceux qui sont avec moi et pour une fois j’ai bien dormi.
Je pleure beaucoup ces derniers jours. Je sens la dépression revenue. J’ai même pensé hier avec mes idées noires que j’avais envie de retourner à l’hôpital. Je cherche un refuge. Un lieu et un temps où je puisse être coupée de tout. Je ne sais pas si je tiendrai sans devoir y retourner. Je voudrais même qu’on m’endorme le plus longtemps possible pour ne plus à avoir à penser à quoi que ce soit… Je voudrais qu’on m’enlève ce qui me ronge, ce qui me donne l’impression de mourir à l’intérieur. C’est comme un cancer psychologique.
Et dire que l’autre raclure est sorti de prison au bout de quelques mois uniquement parce qu’il a fait appel, parce qu’il a un domicile et parce qu’il s’est toujours présenté aux convocations… Juge de merde !
Je me dis : qu’est-ce qui pourrait bien remuer les ministres, les députés, les sénateurs, les responsables, tous les politiques locaux, les acteurs de la justice pour que notre traitement soit plus confortable. Est-ce qu’il faut faire comme une femme désespérée qui s’est immolée devant un tribunal ? Cela n’a rien changé pour autant je crois. Est-ce qu’il faut s’enchaîner devant le ministère ? Est-ce qu’il faut faire une grève de la faim ? Est-ce qu’il faut faire quelque chose de très choquant comme se couper un doigt et l’envoyer à l’Élysée ?
Le problème c’est que je ne peux me faire remarquer avant le procès en appel. C’est logique dans un sens mais je dois continuer de trimballer cette souffrance et cette impuissance insupportables.
Une rencontre avec une députée du PS qui était sensée s’occuper des victimes, je l’ai fait et j’ai bien compris que ça ne servait à rien, encore une personne bien installée confortablement grâce à son statut mais celle-là n’est pas à sa place. Elle est bien loin de la réalité. Cette avocate de métier, députée, m’a carrément dit que si c’était arrivé à sa fille, elle lui aurait déconseillé d’engager une procédure parce que c’est trop dur et trop long… Elle ne défend pas les intérêts du peuple qui l’a élue.
Je suis très en colère. Comment se taire avec tout ça sur le coeur ?

  • J’essaye de me recentrer pour me sentir mieux, c’est progressif mais y a du mieux.

Je suis tellement en colère que j’ai préparé une lettre pour la Ministre et ça m’a fait du bien.
J’ai du mal à sortir de chez moi, je mange presque pas, etc, bref les symptômes sont de nouveau là.
Patience patience qu’est-ce qu’il en faut.
J’ai envie de gueuler… j’y arrive pas…

  • Les visions violentes c’est pénible, les flash qui reviennent, j’aime pas…

On dirait que mon corps cherche à passer des messages à travers ces visions.
Je me sens comme un soldat qui se prépare à être envoyé au feu.

  • Une hospitalisation a été nécessaire. A ma demande. Je suis fatiguée, je lutte pour pas ruminer, envie de hurler, la colère gronde, états différents, du mal à me concentrer, c’est la lutte pour être active. Entre désespoir et envie de tout foutre en l’air, de ruer dans les brancards, envie de gueuler tellement j’ai mal.

J’aimerais que tout soit clean à l’intérieur, de la clarté et mes sentiments stables. J’aimerais pouvoir vomir sur l’ordure qui m’a souillée. A chaque perspective de « rencontre » aux confrontations et au tribunal, mon corps avait envie de lui vomir dessus. Des nausées réelles m’ont toujours accompagnée en sa présence, à l’idée de sa présence, tout comme dans mon enfance d’ailleurs, mais en pire avec la conscience du mal qu’il a produit par ses actes criminels.

  • Déjà il faut penser à préparer l’après-procès, quelle qu’en soit l’issue.

Il faudra que je m’attende à ressentir un vide et trouver la force de ne pas me laisser envahir.
Des jours où j’ai envie de me laisser aller et d’autres où j’ai envie de me battre et de dire ce que je pense et ce que je ressens. Up and down. Comment arriver à tout stabiliser ?

  • 5 jours avant le procès numéro 2 en Cour d’Appel :

C’est la dernière ligne droite.
J’ai du mal à trouver les mots.
J’ai envie de gerber, mon cerveau a du mal à gérer, mon corps aussi, angoisses énormes, mon ventre, mon corps me font mal, mes articulations et pourtant je suis encore debout. Je ne mange presque plus.
Préparations longues avec mon avocat. Pas facile mais nécessaire.
Je flippe et en même temps je sais que je serai prête au combat.
Je suis furieuse. La moindre contrariété me fait bondir, j’ai envie de hurler.
Il y a 20 ans j’ai fait une fausse couche et seulement aujourd’hui j’en prends complètement conscience parce que mon corps parle. Faut que ça sorte. Que je me débarrasse de toutes les saloperies que le fumier m’a fait subir.
Survivante ! et combattante !
Et je veux que Justice soit faite, pour moi, pour ma dignité, mon honneur, pour ma famille, pour que la société prenne ses responsabilités, et aussi pour l’exemplarité, pour aussi toutes les victimes auxquelles je pense.
Les criminels doivent répondre de leurs actes !
Quant au pardon, non ! C’est à lui de demander pardon, de demander qu’est-ce qu’il peut faire pour apaiser un peu mes souffrances, après ça peut-être qu’un jour je pourrai commencer un travail de pardon. Et encore, même pas sûre que ce soit possible. Criminel il est, criminel il restera.

  • J-2 :

je passe par tous les états, j’essaye de me concentrer sur ce qui donne des forces, de la détermination.
ça empêche pas les angoisses, la trouille, la tristesse, la colère, furieuse de tout ce qu’il m’a volé.
Je veux être prête, rester debout, digne et droite.
Nouveau procès, j’en ai assez : j’ai 35 ans et je veux enfin pouvoir vivre, tourner la page, avancer, je veux pouvoir me débarrasser de tout ce qui a un lien avec l’ordure.
Pas de vie stable, pas d’équilibre, pas de sérénité, ras le bol.
Qu’il demande pardon, qu’il s’explique !
Que les victimes retrouvent leur honneur et leur dignité !
Tout le mal qu’il a fait ce fumier, toute la souffrance, c’est insupportable. Il y a moi mais aussi mes proches.
Il faut qu’il réponde de ses actes ! Il faut que la société prenne ses responsabilités face à ce genre de type qui détruit tout sur son passage.
Je voudrais pouvoir être en paix à l’intérieur. Dire qu’il faut « vivre avec » jusqu’au jour de ma mort… bah merde !

  • VERDICT DU 2eme PROCES : ACQUITTEMENT DU BOURREAU ! LE MONSTRE EST EN PRISON LIBERTE…
Souterrain reliant l'abri-caverne au fort.. Te...

Souterrain reliant l’abri-caverne au fort.. Technique de prise de vue :. Plusieurs photos de 30 secondes chacune. Pendant le temps de pose, j’ai éclairé le souterrain avec une torche (lightpainting).. Sur 3 photos, j’y ai placé une bougie. C’est pour cela que l’on voit 3 bougie.. Under the Roppe fortifications. (Photo credit: Wikipedia)

Scars of a whipped slave (April 2, 1863, Baton...

Scars of a whipped slave (April 2, 1863, Baton Rouge, Louisiana, USA). Original caption: « Overseer Artayou Carrier whipped me. I was two months in bed sore from the whipping. My master come after I was whipped; he discharged the overseer. The very words of poor Peter, taken as he sat for his picture. ». This is a different photograph than the other ones, it is not cropped. (Photo credit: Wikipedia)

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