Le calvaire avant d’arriver en Cour d’Assises

Je viens de lire le dernier post jusqu’au bout et je me suis dit que ce serait pas mal que je retrace mon parcours dans les méandres juridiques.

D’abord j’ai eu les coordonnées d’un avocat par une ancienne copine en 98, j’avais décidé de porter plainte. J’avais réuni pas mal d’éléments et j’ avais confié à cet avocat une partie de mon journal intime. Il disait s’occuper de rédiger et envoyer la plainte.
Quand je lui demandais s’il avait des nouvelles de la plainte, il me répondait que c’était long et qu’il fallait attendre et par la suite il m’a dit 2 fois que la plainte avait été perdue au tribunal…
Avec mon ami, nous sommes allés vérifier auprès du tribunal si il y avait une trace de cette plainte, il devait forcément en avoir une puisqu’elles sont toutes enregistrées avec un numéro ! Et là mauvaise surprise : aucune plainte enregistrée !!! Donc cet avocat m’avait menti. Je ne sais pas pour quelle raison.

Par la suite, j’ai voulu récupérer mes documents et mes journaux puisque je ne pouvais pas lui faire confiance, ça a été très difficile. Les rdv étaient annulés à la dernière minutes. J’ai dû faire appel à une association – Paris Aide aux Victimes – pour mettre la pression. Le juriste de l’association a été très efficace.
A cette époque j’étais en dépression grave donc hospitalisée pour dépression réactionnelle.
J’ai décidé de me déplacer quand même au cabinet pour récupérer ce qui m’appartenait, accompagnée.
Il a fallu faire un scandale et même que la police vienne pour obliger le cabinet à me rendre mes documents.

Ensuite, j’ai rédigé avec l’aide de mon ami une plainte que j’ai envoyé au procureur.
Il a fallu faire les démarches pour trouver un avocat qui accepte l’aide juridictionnelle, j’ai dû passer par le bâtonnier, l’ordre des avocats, et une journaliste pour trouver des coordonnées d’avocats.

1ere étape après la réception de la plainte : j’ai été entendu par la police à la brigade des mineurs. L’interrogatoire m’a semblé très long face à une jeune femme au ton froid qui posaient beaucoup de questions. J’avais l’impression d’être la coupable et sans intérêt.
Ensuite plusieurs personnes que j’avais citées ont été entendues.
Longue attente pour savoir le résultat.
Et le verdict a été le classement sans suite.

2eme étape : constitution de partie civile.
Donc c’était reparti pour un tour, d’autres auditions, avec en plus une confrontation avec mon agresseur.
C’était évidement une épreuve très douloureuse, aussi bien psychiquement que physiquement. 1h qui m’a parue une éternité en étant dans la même pièce que cette pourriture.
Ce qui m’avait paru étrange, c’était le déroulement. D’abord la juge qui m’a entendue en me posant des questions, puis elle pose des questions à mon agresseur, après elle demande aux avocats s’ils ont des questions. C’était donc une confrontation indirecte entre mon agresseur et moi. Je n’ai pas pu le regarder en face et lui poser des questions.
J’aurais aimé le déstabiliser mais j’étais tétanisée.
D’ailleurs en parlant avec ma thérapeute après, elle ne comprenait pas cette façon de faire, elle trouvait même qu’il aurait été bénéfique que la confrontation ait lieu en présence de mes parents.

Résultat : Non-lieu !
Les personnes supplémentaires auditionnées n’étaient pas les bonnes car elles ne pouvaient rien apporter dans le dossier vu qu’il s’agissait de personnes que mon agresseur a connu après l’époque des faits, une fois qu’il avait déménagé. Je doute de la compétence de la juge pour avoir fait une bourde pareille.
Le terme de Non-lieu est très inapproprié car non-lieu signifie aussi que ça n’a pas eu lieu… ça fait mal de le lire et de l’entendre.

3ème étape : Appel au Non-lieu et la Cour d’appel avec changement d’avocat.

J’ai eu la chance de pouvoir être reçue plusieurs fois par mon avocat (le 3ème) qui a pris le temps de bien m’expliquer et de m’aider à trouver d’autres noms de personnes qui pourraient être entendues.
Des souvenirs sont revenus parce que je faisais le plus d’efforts possibles, je me suis rendue compte d’ailleurs que ces efforts étaient très douloureux car une barrière, une forme d’amnésie, m’empêchait d’avoir accès à tous les souvenirs au point d’avoir mal au crâne, mal au ventre et d’avoir envie de gerber.
Dans cette nouvelle instruction, il y a eu une 2eme confrontation. L’horreur encore une fois. J’ai cru mourir sur place. J’avais envie de me suicider tellement la souffrance était insupportable de me retrouver dans le même endroit que mon bourreau.

Évidemment inutile de dire combien l’attente est difficile à vivre. J’ai toujours eu une moitié de mon cerveau occupé à cela, même quand je n’y pensais pas, c’était toujours là. Et ça l’est encore. Ce qui rend difficile la possibilité de travailler régulièrement par exemple.
Et à chaque fois, le retour des symptômes, ces fameux effets secondaires…

Et pour terminer sur une note positive : ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort !
YES !!!

Dernière épreuve maintenant qui m’attend : le procès en cour d’assises à Pontoise et je suis contente qu’il n’y ait pas eu de déclassement en correctionnelle (il en avait été question par la juge d’instruction !)

Texte écrit le 03 juin 2009

NB : entre la plainte écrite au Procureur de la République et le 1er procès qui a eu lieu en Cour d’Assises, il s’est passé 9 ans !

English: Lieutenant colonel Marie-Georges Picq...

English: Lieutenant colonel Marie-Georges Picquart, testifying at the Zola trial in Paris, 1898. Engraving in l’Illustration. Français : Croquis d’audience du lieutenant-colonel Marie-Georges Picquart, témoignant au procès d’Emile Zola (visible à gauche, de profil) devant la Cour d’Assises de la Seine à Paris en 1898. L’Illustration, gravure par Sabattier et Thiriat. (Photo credit: Wikipedia)

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Mon 1er avocat qui me ment

Lorsque je décide en 1998, avec le soutien de mes proches, de déposer plainte contre mon bourreau, je suis d’abord en recherche d’un bon avocat qui accepte l’aide juridictionnelle puisque je n’avais pas les moyens financiers et puisque les victimes y ont droit. J’en parle à une amie qui se renseigne auprès d’une amie, laquelle me recommande un avocat à Argenteuil qu’elle a eu comme prof en cours à l’université. Cet avocat devait donc être sérieux à priori. Je rencontre Maître R. Il me pose des questions bien sûr et je lui explique mon histoire, avec des difficultés puisque c’est toujours douloureux d’en parler. Je le revois plusieurs fois, il me dit qu’il souhaite lire mon journal intime que je tiens depuis quelques années afin de pouvoir trouver des éléments et les utiliser. Je lui apporte donc plusieurs cahiers et dossiers de mon journal. Il me dit qu’il s’occupe d’écrire la plainte et de l’envoyer, qu’il fallait ensuite attendre et que l’attente était extrêmement longue, qu’il ne fallait pas m’inquiéter.

Des mois passent, je le recontacte pour savoir où cela en est. Pas de nouvelles. Je prends rdv et lors de cet entretien il m’apprend que la plainte a été perdue mais qu’il s’occupe de tout renvoyer. En 2000, ma santé se détériore un peu plus qu’avant. Rien ne se passe avec la plainte, ni le tribunal et par trois fois en 2 ans, l’avocat me redit que la plainte s’est perdue au tribunal. Mon compagnon se renseigne directement au tribunal de Pontoise pour savoir si une plainte a bien été déposé car même en cas de perte, il est impossible qu’il n’y ait pas de trace. Le tribunal nous apprend qu’AUCUNE plainte, ni courrier n’a été envoyé par Maître R. pour mon affaire !

Nous prenons rdv avec lui. Nous sommes en octobre 2000.

Accompagnés par mes parents, nous nous présentons au rdv. En chemin, le secrétariat nous prévient que le rdv est annulé. Nous nous y rendons quand même.

Mon avocat n’est pas là. Sa femme oui. Nous lui demandons de me restituer mes journaux intimes. Elle refuse et nous demande de partir. Nous restons et devant son insistance et sa violence – sans doute avait-elle peur mais de quoi ? – nous appelons le commissariat en expliquant ce qui se passe et ce que nous sommes venus faire : reprendre mes journaux intimes.

Devant les policiers qui se sont déplacés et lui expliquent qu’elle doit me rendre mes cahiers et dossiers, elle cède.

En chemin, je m’aperçois qu’il manque un cahier rose saumon très important. C’était celui dans lequel je décrivais les faits. J’avais trouvé la force de les écrire pour m’en débarrasser. Il n’y est plus. Cela me fait beaucoup souffrir.

Je suis partie de ce cabinet d’avocats avec un sentiment d’avoir été trahie, volée, piétinée. Je découvrais alors à 25 ans que des avocats pouvaient se comporter comme des ordures, vous mentir et vous voler une partie de vous-même.

Je ne sais toujours pas aujourd’hui pourquoi cet avocat n’avait pas fait le nécessaire et pourquoi il m’avait menti pendant 2 ans, ni pourquoi il ne voulait pas me rendre mes journaux intimes et encore moins ce qu’est devenu ce cahier à la couleur rose saumon.

Avec mon ami, nous avons décidé de ne pas en rester là. Nous avons dénoncé ces agissements auprès du Conseil de l’Ordre des Avocats qui a demandé des explications à Maître R. et c’en est resté à ce stade, malgré le témoignage des 2 policiers présents. Aucune sanction ni réparation. De leur côté, la femme a essayé de nous poursuivre avec comme faux-prétexte son petit doigt abîmé. Un mensonge de plus…

Il ne restait plus qu’à envoyé un courrier au Procureur de la République pour déposer cette plainte. Ce que mon ami m’a aidée à rédiger. Nous étions encore dans les temps. Ensuite il fallait que je trouve un/e autre avocat-e pour me défendre, mais comment trouver une personne de confiance ?

Je me demande aujourd’hui si cet avocat n’est pas tout simplement un consommateur d’enfants qui avait décidé de faire en sorte que le délai de la prescription soit passé afin de protéger un autre pédophile, sinon pourquoi m’avoir menti en me faisant croire que la plainte était perdue au tribunal, ne pas faire le nécessaire et pourquoi refuser de me rendre mes cahiers intimes sinon pour empêcher de mener à bien une instruction avec des éléments pouvant se trouver dans mes écrits ? Et pourquoi, alors que je lui avais expliqué qu’à cette époque j’avais une phobie des couteaux, faisait-il exprès de jouer avec son coupe papier devant moi, si ce n’est par sadisme ? C’est vrai au fond, quel était son mobile pour faire en sorte que mon bourreau ne soit pas poursuivi, interrogé, qu’il n’y ait pas d’enquête… ?

NB : Avis aux enquêteurs, services de police, je suis toujours à la recherche de mon cahier moyen format (plus petit que le A4), de couleur saumon, à spirales, et élastique pour le fermer.

English: Caractacus at the Tribunal of Claudiu...

English: Caractacus at the Tribunal of Claudius at Rome Engraving by Andrew Birrell of a painting by Henry Fuseli Original is a D size print. (Photo credit: Wikipedia)

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Ma 2ème avocate ne me croit pas

Après avoir connu mon 1er avocat qui me ment, j’ai eu connaissance de l’adresse d’une avocate par une journaliste à qui j’avais pu témoigner pour un article. Je me disais à cette époque que les déboires seraient terminés et que je pourrais enfin demander que Justice me soit rendue. Lorsque je la rencontre, je remarque son look que je trouve décalé pour son âge et la société contemporaine, tailleur bleu de bourgeoise avec grosses perles et parfum entêtant. Je lui explique comment j’ai eu ses coordonnées, ce qui s’était passé avec mon 1er avocat et bien sûr les raisons qui me poussaient à déposer plainte, mon histoire, mon bourreau, etc.

J’étais dans un premier temps stupéfaite d’apprendre par cette avocate que l’avocat menteur en fait était un ami à elle, qu’elle déjeunait avec lui et sa femme et que donc, pour elle, c’était impossible que ce 1er avocat et sa femme aient pu faire ce qu’ils m’avaient fait (mensonge, pas de dépôt de plainte, rétention de documents). Conclusion, sans qu’elle le dise directement, pour elle, j’étais une menteuse… D’ailleurs, elle ne s’est pas gênée par la suite pour me dire, après une audition chez la juge, qu’avant cette audition, elle ne croyait pas à ce que j’avais vécu.

Après l’avoir vu 3 ou 4 fois, elle a délégué le travail à une autre avocate de son cabinet, que j’ai trouvée plus respectueuse, plus à l’écoute, moins suspicieuse, plus clean quoi !

Son cabinet s’est donc occupée de moi avec l’aide juridictionnelle (pas très motivante pour eux vu le barème qui ne leur laisse que 20€ pour eux, l’aide juridictionnelle ne rembourse pas les frais ni les heures de travail passées) pour :

– la plainte

– le classement sans suite

– la constitution de partie civile

– le non-lieu

Après avoir eu un 3ème avocat, puisque la 2eme ne voulait plus s’occuper de mon dossier, j’ai pu comparer, je peux dire que finalement, ce 2e cabinet ne s’est pas beaucoup occupé de moi, vu le nombre de rdv et d’heures passées sur mon dossier. Je crois qu’il était presque inéluctable de finir par un non-lieu !

PS : les avocat-e-s spécialisé-e-s dans les crimes sexuels et acceptant l’aide juridictionnelle ne sont pas nombreux.

Le Bourgeois Gentilhomme, the title character ...

Le Bourgeois Gentilhomme, the title character in the play by Molière. (Photo credit: Wikipedia)

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