Ma 2ème avocate ne me croit pas

Après avoir connu mon 1er avocat qui me ment, j’ai eu connaissance de l’adresse d’une avocate par une journaliste à qui j’avais pu témoigner pour un article. Je me disais à cette époque que les déboires seraient terminés et que je pourrais enfin demander que Justice me soit rendue. Lorsque je la rencontre, je remarque son look que je trouve décalé pour son âge et la société contemporaine, tailleur bleu de bourgeoise avec grosses perles et parfum entêtant. Je lui explique comment j’ai eu ses coordonnées, ce qui s’était passé avec mon 1er avocat et bien sûr les raisons qui me poussaient à déposer plainte, mon histoire, mon bourreau, etc.

J’étais dans un premier temps stupéfaite d’apprendre par cette avocate que l’avocat menteur en fait était un ami à elle, qu’elle déjeunait avec lui et sa femme et que donc, pour elle, c’était impossible que ce 1er avocat et sa femme aient pu faire ce qu’ils m’avaient fait (mensonge, pas de dépôt de plainte, rétention de documents). Conclusion, sans qu’elle le dise directement, pour elle, j’étais une menteuse… D’ailleurs, elle ne s’est pas gênée par la suite pour me dire, après une audition chez la juge, qu’avant cette audition, elle ne croyait pas à ce que j’avais vécu.

Après l’avoir vu 3 ou 4 fois, elle a délégué le travail à une autre avocate de son cabinet, que j’ai trouvée plus respectueuse, plus à l’écoute, moins suspicieuse, plus clean quoi !

Son cabinet s’est donc occupée de moi avec l’aide juridictionnelle (pas très motivante pour eux vu le barème qui ne leur laisse que 20€ pour eux, l’aide juridictionnelle ne rembourse pas les frais ni les heures de travail passées) pour :

– la plainte

– le classement sans suite

– la constitution de partie civile

– le non-lieu

Après avoir eu un 3ème avocat, puisque la 2eme ne voulait plus s’occuper de mon dossier, j’ai pu comparer, je peux dire que finalement, ce 2e cabinet ne s’est pas beaucoup occupé de moi, vu le nombre de rdv et d’heures passées sur mon dossier. Je crois qu’il était presque inéluctable de finir par un non-lieu !

PS : les avocat-e-s spécialisé-e-s dans les crimes sexuels et acceptant l’aide juridictionnelle ne sont pas nombreux.

Le Bourgeois Gentilhomme, the title character ...

Le Bourgeois Gentilhomme, the title character in the play by Molière. (Photo credit: Wikipedia)

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Mon bourreau porte plainte contre moi pour dénonciation calomnieuse

En décembre 2011, je reçois un appel du commissariat de mon domicile, qui m’invite à me présenter pour être auditionnée dans une affaire, sans précision. Je me rends donc au commissariat, je m’étais imaginé beaucoup de choses, ainsi que la pire chose possible : que mon bourreau décide de porter plainte contre moi, ce qui serait le comble de l’horreur après tout mon parcours du combattant pour faire valoir mes droits de victime, pour qu’enfin la société prenne ses responsabilités et que mon agresseur criminel réponde de ses actes, paye pour ce qu’il m’a fait subir.

Sous le choc et en larme, j’ai eu beaucoup de difficultés à répondre aux questions de l’officier de police afin de donner des explications quant à la plainte de mon agresseur. Non seulement ce pervers m’avait violée pendant plusieurs années dans l’enfance alors que mes parents m’avaient confiée à sa garde, mais en plus il se permet d’insister dans la torture en portant plainte contre moi. Ce qui signifie au final que ce monstre souhaite encore me faire souffrir en me donnant rdv devant un 3ème tribunal, mais cette fois-ci, comme accusée. Accusée d’avoir osé porter plainte contre lui pour demander justice, accusée d’avoir porté une affaire pendant plus de 10 ans.

Aujourd’hui je n’ai pas de nouvelle, mais je m’attends encore au pire…

Non, non et non ! Je ne suis pas coupable ! Je suis une survivante de crimes que ce monstre a commis sur moi !

Je considère que toutes les personnes qui ont contribué à ce que la justice n’ait pas lieu sont complices et contribuent à l’omerta !

Mon enfance

Je suis née à Senlis dans l’Oise dans un petit hôpital dont la maternité se trouvait juste à côté du lieu de résidence de mes parents : la Résidence Brichebay.

Nous avons vécu à cet endroit durant mes 2 premières années. Je n’ai pas de souvenir mais je crois instinctivement que c’était plutôt 2 belles années. Ensuite mes parents ont acheté un appartement à Villiers-le-Bel dans le Val d’Oise en 1977. Je suis allée à la maternelle de l’école Emile Zola, puis en primaire.

Déjà à cette époque, il y a eu un épisode traumatique très important. D’ailleurs le souvenir m’est encore revenu en mémoire récemment avec une forte crise d’angoisse au point d’avoir l’impression de revivre le trauma.

A l’époque de la maternelle, mes parents m’avaient confiée à une nourrisse, madame A. qui habitait dans le même immeuble que mes parents. Depuis bébé, j’avais un problème : je mangeais très peu et mes parents essayaient de ruser pour me faire manger. Sans violence. Chez ma nourrice, je n’était pas traitée de la même façon. En effet, pour m’obliger à manger, elle me faisait peur avec un espèce de fouet, je me forçais donc à tout manger, sans plaisir et sans broncher, jusqu’à ce que je vomisse tout mon repas dans l’assiette. Mais si encore cela s’arrêtait là… Cette nourrice avait décidé de me faire manger tout ce que j’avais vomi dans mon assiette !

Je ne sais pas exactement combien de fois cela s’est répété ni pendant combien de temps cela a duré. Peut-être 2 ans, le temps de la maternelle ?

Ensuite, à l’âge du primaire, mes parents ont décidé de me confier à la garde de la grand-mère, Mamie, née en 1912. Cela a duré du CP au CM2 donc pendant 5 ans. J’allais à l’école à 8h30, cours du matin jusqu’à 11h30, je déjeunais à la cantine, cours de l’après-midi de 13h30 à 16h30, puis j’allais directement chez ma grand-mère chez qui je restais, jusqu’à l’arrivée de mes parents de leur travail, en général à 21h30. J’avais des résultats très satisfaisants et j’étais souvent parmi les 3 meilleurs élèves.

Une fois chez ma grand-mère où j’étais la seule enfant, je devais bien sûr faire mes devoirs, puis je jouais de temps à temps avec elle, le plus souvent toute seule, aux petites voitures, à l’élastique, je m’occupais des plantes, je regardais les autres enfants du quartier jouer dehors. Parfois je me risquais à lui demander l’autorisation de sortir pour aller jouer, mais je n’ai jamais pu.

Cette période reste dans ma mémoire comme une période globale assez grise avec quelques rayons de soleil de temps en temps. Pas de traumatisme mais ce n’était pas super joyeux non plus.

Emile Zola à six ans, 1846

Emile Zola à six ans, 1846 (Photo credit: Wikipedia)


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Mon premier article d’un journal en ligne

Pourquoi mettre en ligne un journal intime sur ma vie de survivante ?

J’y pense déjà depuis plusieurs années. J’ai déjà griffonné beaucoup de feuilles volantes et de cahiers. J’avais commencé à 15 ans.

Aujourd’hui j’ai 37 ans et je ressens le besoin de rassembler ma vie en un seul endroit, pas éparpillé dans des dossiers que je ne regarde jamais et que personne ne lit.

Je ne sais pas si j’irai jusqu’au bout. Mon parcours est chaotique comme mon quotidien que peu de personne connaissent.

Ma démarche est une tentative pour mieux vivre, pour mieux supporter l’insupportable, ce à quoi j’ai survécu dans mon enfance, ce à quoi je dois faire face chaque jour avec les séquelles, ce à quoi je dois survivre aussi aujourd’hui : l’injustice – l’acquittement de mon bourreau.

J’aimerais arriver à travailler sur mon journal par thème, afin de trouver une structure, sans doute parce que moi-même j’ai besoin de structure.

Ce que je souhaite écrire, c’est aussi bien pour m’aider que pour que mon expérience ne reste pas dans le silence et que peut-être cela pourra aider d’autres personnes en plus de moi-même.

Cette démarche est aussi pour lutter, pour vivre, pour militer, pour hurler, pour réfléchir et faire réfléchir, pour tous ceux qui ne savent pas concrètement ce que quelqu’un de détruit par un bourreau peut traverser tout au long de sa vie. Tout ce dont nous pouvons manquer, tout ce dont nous pouvons cruellement avoir besoin. C’est aussi pour participer à briser les murs du silence, les négations, les non-dits destructeurs quand ce ne sont pas directement les personnes destructrices.

Je dédie ce journal à tous ceux qui m’ont supportée, qui m’ont vraiment aidée, qui ont été patients et compréhensifs, ceux qui ne m’ont jamais abandonnée, ceux qui ont toujours cru en moi et qui ont eu confiance, ceux qui n’ont jamais douté de moi ni de ma parole.

A tous je vous souhaite une bonne lecture, avec des hauts et des bas, des montagnes russes, des silences s’il le faut, avec votre indulgence. Merci.

City Lights, France-Italy Border (NASA, Intern...

City Lights, France-Italy Border (NASA, International Space Station Science, 04/28/10) (Photo credit: NASA’s Marshall Space Flight Center)

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