Confrontation avec mon agresseur non reconnu comme un bourreau par la Justice

Deux fois, j’ai dû vivre une confrontation avec mon bourreau devant une juge.

Comment ça se passe ? D’abord lui a été entendu seul avec son avocat par la juge. Puis a eu lieu la confrontation. Lui était assis à droite, moi à gauche et à l’extrémité. Les chaises étaient disposé de telle façon que nous ne pouvions pas – ou presque pas – nous regarder lui et moi. De toute façon, mon corps ne pouvait pas le regarder, c’était juste impossible tellement je me sentais mal qu’il soit là.

Imaginez que vous avez l’obligation de vous retrouver dans la même pièce à nouveau avec votre bourreau, celui qui vous a détraqué, volé votre vie, votre enfance, celui qui est à l’origine de vos souffrances, vos angoisses, vos cauchemars, vos agoraphobies, enfin tous les troubles secondaires suites aux multiples viols sous emprise psychologique et « par personne ayant autorité », parce que lorsqu’on est enfant, on est facilement impressionnable par des adultes, facilement manipulable. Imaginez dans quel état on peut se sentir à côté de son bourreau. C’est un mélange de mal être, de peur, d’angoisse, de mal au ventre, d’envie de vomir, de partir en prenant les jambes à son cou, de hurler de douleur, de tension extrême, de sentir ses muscles raidis, d’avoir du mal à respirer, tellement mon corps avait mal et ne voulait pas de nouveau être en présence du bourreau. A cela s’ajoute la peur de n’être pas entendue, mal jugée, de dire des bêtises qui feront capoter toute la procédure – comme passer le bac puissance 10.

La juge a lu d’abord mes déclarations, elle m’a demandé si je confirmais. Ensuite elle m’a posé des questions. Ensuite elle a posé des questions à mon agresseur. Ensuite elle a demandé aux avocats s’ils avaient des questions à poser. Lors d’une confrontation, on n’est pas autorisé à se parler directement. On doit parler au juge uniquement. L’avocat de mon agresseur m’a posé une question, j’ai cru que c’était une question piège. La peur paralyse. Ensuite la juge nous a donné la retranscription des questions et réponses à signer. Puis nous sommes sortis de la pièce. J’ai cru que j’allais m’évanouir aux 2 confrontations…

Je me sentais extrêmement mal, ces 2 confrontations ont ravivé les troubles d’angoisses et d’insomnies, des flashs, j’ai mis plusieurs mois à m’en remettre à chaque fois. Cette épreuve est trop douloureuse et d’autres méthodes devraient exister afin de ne pas rouvrir les blessures. Ce genre de blessure est très difficile et très long à soigner. Il serait grand temps que la Justice française prenne réellement en compte les victimes, les respecte. Ce genre de traitement est inhumain. Et au fond, immoral. Car le soucis d’une société devrait être celui du bien-être des victimes afin qu’elles puissent se remettre autant que possible d’avoir subi l’équivalent de tortures d’êtres immondes, sans à avoir à se retrouver de nouveau dans la même pièce que son bourreau, surtout pour une justice qui n’existe presque jamais, à quoi ça sert ? Les survivants d’atrocités ne sont pas des masochistes.

Français : L'ancien bourreau (potence)

Français : L’ancien bourreau (potence) (Photo credit: Wikipedia)

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